64% des jeunes
estiment que l’entreprise ne met pas tout en œuvre pour les aider à s’adapter
lors de leur arrivée. De son côté, cette dernière critique souvent leur absence
de motivation. Accueillir « un
junior » serait ainsi parfois considéré par les managers comme une source
d’inquiétude ! Simple conflit de générations ? Crise sociétale ou
rupture sans espoir de rémission ?
La question de
l’entreprise intéresse, non seulement parce qu’elle produit de l’emploi, des
richesses, de l’innovation, mais parce que son pouls bat au rythme exact de la
société : les mêmes problématiques s’y déploient, s’y rencontrent, tout
particulièrement ce qu’on appelle, à défaut d’un meilleur mot, la « crise
des générations. »
L’augmentation du
chômage, l’inflation due au passage à l’Euro, la compétition au sein du Marché
européen, l’ouverture des marchés de l’Asie du
Sud Est et plus particulièrement la montée en puissance de la Chine : en
nombre, les épouvantails se pressent à la porte de nos entreprises pour la plus
grande joie des déclinologues et prophètes de malheur, pour tous nos
entreprises souffrent.
Osons l’idée que ces
difficultés compteraient moins dans le malaise actuel que le facteur
humain ? Force est de constater et donc d’admettre que notre jeunesse a
perdu ce visage de brave petit soldat, habitué à obéir, à tout supporter, à apprendre
jour après jour d’un patron, d’un manager ou d’un chef de service, la loi en
cours, ce qu’il convient de faire, ici et maintenant, sans préjuger du
résultat. Ce temps est révolu, ceci en soit n’est pas une mauvaise chose,
pourvu que l’entreprise excelle à cadrer les élans, les désirs et les volontés
de ses recrues.
Que souhaitaient ces
jeunes gens descendus dans la rue par milliers contre le CNE ? Ils
rêvaient de sécurité de l’emploi, de stabilité, de salaires suffisants pour
s’offrir, dès l’âge tendre, un crédit afin d’avoir de quoi fonder une
famille ! Leurs rêves, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité,
ne dépassaient pas ceux de leurs aînés.
Pour autant, plus
personne n’envisage de demeurer quarante ans dans la même boîte, de toucher un salaire
augmentant moins vite que le coût de la vie, en attendant que sonne l’heure de
la retraite où l’on s’en va, content et non pas fier du travail accompli…
A chacun un juste
salaire, que la jeunesse ne soit pas défavorisée, « à travail égal salaire
égal », la revendication des femmes s’étend à la jeunesse, souvent à juste
titre. Reste que dans
certains secteurs, être jeune paraît être un handicap. Juste retour des
choses ? Dans la mode et alentour, on est vieux à trente-cinq ans,
employés Kleenex bons à jeter, ce qui, avouons-le n’est pas plus juste que la
discrimination positive ou négative.
Dans ce contexte, l’entreprise
paraît garder la tête sur les épaules, quand elle requiert un savoir faire,
laisse, à de certaines conditions, sa chance au nouvel arrivant, frais émoulu
de l’école où parfois il n’a pas acquis le bagage adéquat à l’emploi postulé et
obtenu ! Il faut alors au patron se barder de psychologie : intégrer,
voire suivre l’évolution des mentalités, comme le Proviseur du Lycée devenu un
conseiller d’éducation, et comme lui passer un contrat renouvelable ! Ca
s’appelle un breafing ou une approche en mode projet ! Jouer cartes sur table,
déposer un projet, le discuter, définir les objectifs, prévenir, expliquer,
point par point, ce qu’on exige du jeune, et s’évertuer à bien suivre ce plan. Le
moyen de ne pas tenir compte d’un besoin de reconnaissance qui jamais n’a été
plus fort qu’aujourd’hui : il lui faut passer par un cocooning inconnu des
générations précédentes.