Introduction :
Dans le cadre des prochaines élections pour la présidence du MEDEF, j’ai
proposé dès septembre 2009 d’organiser ce que j’ai appelé une « Primaire
des Challengers ».
Je souhaitais, avec beaucoup d’humilité, engager un débat de fond sur les
thèmes essentiels que les entrepreneurs se doivent de traiter.
Qualifiée de « régression démocratique », ma proposition n’a,
hélas, pu voir le jour. Néanmoins, en tant qu’entrepreneur et membre de la
Commission des nouvelles générations du MEDEF, je suis convaincu de la
nécessité d’un débat, au-delà des querelles d’appareil et des ambitions personnelles.
C’est dans ce contexte que je souhaite formuler ces propositions. Elles
traitent de l’image des patrons, des valeurs, du rôle du MEDEF dans la société,
de sa gouvernance et son l’avenir.
Ces propositions ont une portée philosophique et se tiennent aussi loin
que possible de la technique. C’est, selon moi, la condition sine qua non pour amener le plus grand
nombre à débattre.
1er
Chapitre : Défendre et revaloriser l’image des patrons.
A l’occasion des assises nationales des entreprises réunies en 1972 à
Marseille sur le thème « La croissance,
l’entreprise et les hommes », un patron visionnaire, Antoine Riboud, prônait dans
un discours
devenu célèbre, la nécessité de prendre en compte la dimension humaine de
l’entreprise et s’attachait à redéfinir les responsabilités de
celle-ci vis-à-vis de la société et de ses salariés.
30 ans après ce discours, la France connaît une apogée des
créations d’entreprise et curieusement l’image des patrons n’a jamais été aussi
mauvaise.
Pour schématiser, on pourrait dire que
lorsqu’il crée, l’entrepreneur est presque un héros, devenu patron, il est
définitivement un salaud.
L’image des entrepreneurs, la solitude de cette catégorie professionnelle, le
stress au travail, les « injonctions paradoxales »
envoyées aux chefs d’entreprise n’ont jamais été aussi destructrices.
Pourtant, si des entreprises et des
emplois sont créés, c’est grâce à l’envie de devenir patron et au charisme que
dégagent certains entrepreneurs.
Le MEDEF doit se saisir de ce sujet.
Maurice Levy a souhaité en faire un des
thèmes de sa présidence de l’AFEP, je le rejoins dans sa détermination.
En outre, à trop devoir se justifier sur
les bonus, les rémunérations, les délocalisations, la souffrance au travail,
les discrimination, on oublie trop l’acte fondateur qui caractérise chaque
patron : la création, l’accouchement des idées par la mobilisation des
équipes. La culpabilisation systématique des entrepreneurs nuit au bien être de
leur dirigeant et donc au développement des entreprises.
Proposition emblématique :
·
Le MEDEF doit déployer tous ses efforts
pour défendre et valoriser l’image du patron comme on défend l’image du
salarié. Une commission pourrait être créée à cet effet.
2éme
chapitre : Prôner de nouvelles valeurs.
Dans les quinze prochaines années, l’économie doit changer de cap,
de repères, de valeurs. Elle doit remettre l’Homme et le travail indépendant au
coeur du système et associer au mieux, business et performance, valeurs
sociales et éthique.
Je propose au MEDEF de donner une place plus importante à
l’Economie Sociale et Solidaire dite ESS et d’en promouvoir la
représentation.
200.000 entreprises représentant plus de 2 millions de salariés,
soit près de 10 % de l’emploi en France, sont en effet issues de l’ESS qui
incarne une autre manière d’entreprendre.
Elle est présente dans
tous les secteurs, ceux des services d’intérêt général, mais aussi dans des
secteurs plus marchands tels que : les banques et assurances ou encore
l’agriculture.
Ces entreprises partagent des caractéristiques essentielles :
- un projet économique au service d’une finalité d’utilité sociale.
- une mise en oeuvre du projet fondée sur une gouvernance
démocratique et une gestion éthique.
- une dynamique de développement s’appuyant sur un ancrage
territorial et une mobilisation
citoyenne.
Il conviendrait donc de s’inspirer des meilleures pratiques de
l’ESS.
A l’heure d’une crise profonde du capitalisme qui a secoué
jusqu’aux plus libéraux d’entre nous, j’attire l’attention sur les récents
travaux remis par « le labo de l’économie sociale et solidaire ». Je
me fais l’écho des deux mesures ci-dessous que je souhaite reprendre à mon
compte et promouvoir par mon action :
Proposition emblématique :
·
Inspirons nous du dispositif législatif américain mis en
place en 1977 et qui depuis a fait ses preuves, pour créer un « CRA (Community Reinvestment Act) à la
française » qui viserait à inciter les banques à prêter et investir une partie
de leurs actifs de manière responsable et pérenne (rentable) sur des
territoires défavorisés, au service d’entreprises et de personnes souvent
exclues du système bancaire.
·
Systématisons les clauses sociales et environnementales dans
les marchés publics et valorisons tout particulièrement les actions dans ce domaine
qui sont soutenues par les PME.
3éme Chapitre : Renforcer le rôle du MEDEF dans la société
Les questions sociétales ne peuvent être ignorées. Etre acteur dans ce
domaine est essentiel.
Quel rôle le MEDEF peut il
jouer et comment ?
Comme le pratiquent les américains lors du traditionnel discours de
l’Etat de l’Union je propose que
chaque année soit présenté aux principaux acteurs de notre société (mondes
politique, syndical, associatif, éducatif…) un état général de nos entreprises pour
définir un programme d’actions à mener avec des objectifs clairement
définis. Cette « feuille de
route du MEDEF » servirait à la fois de guide et d’échelle
d’évaluation à notre efficacité. Cela pourrait intervenir lors d’une
déclaration annuelle du président du MEDEF à la tribune du Conseil Economique
Social et Environnemental.
Proposition emblématique :
· A l’instar des auditions traditionnelles des
personnalités candidates à l’élection présidentielle ainsi que des principales
personnalités politiques de droite et de gauche susceptibles d’être appelées à des responsabilités
dans la gestion de l'économie française, je propose d’aller encore plus loin. Une
fois le président de la République élu et le gouvernement nommé, il serait
souhaitable d’auditionner
officiellement les principaux ministres en charge des portefeuilles économiques
et sociaux.
· Le MEDEF pourrait organiser,les auditions des
personnalités désignées pour prendre en charge les fonctions de ministre de
l’Economie et ministre du Travail et rendra un avis public sur les orientations
présentées à cette occasion. Les commissaires européens sont auditionnés avant
d’être nommés. Les candidats à l’élection du président du MEDEF et les nouveaux
membres du conseil constitutionnel le sont également. Je propose de faire de
même avec certains membres du gouvernement comme la constitution de certaines
grandes démocraties le prévoit déjà.
4éme chapitre : Moderniser la gouvernance du MEDEF
Cette gouvernance peut être améliorée.
Comment ?
·
Une
présidence collégiale : Une entreprise performante, c'est-à-dire,
transparente, moderne, éthique et sociale n’est jamais dirigée par une personne
seule. Le MEDEF devrait étudier un modèle de présidence collégiale avec la voix
prépondérante d’un premier Président. Il en serait fini du risque d’enfermement
des présidents du Mouvement dans leur fonction.
·
Organiser un
« tuilage » entre le président en exercice et son dauphin un an avant
la fin du mandat pour assurer une continuité suffisante des actions et ce,
pendant une période de 6 mois.
·
Débattre de
la rémunération du Président du MEDEF, moyen de le dédommager de ses nombreux
efforts, également moyen d’élargir et diversifier la base des dirigeants
potentiels. Cela entre autre permettrait de s’assurer de sa totale indépendance.
5éme chapitre : Préparer l’avenir
Il faut penser à l’avenir du mouvement et valoriser l’image patronale
auprès des jeunes.
Les jeunes veulent participer plus tôt
aux responsabilités de la Cité. On le constate dans le domaine politique avec
des engagements au sein de conseils municipaux, d’associations ou d’ONG. Les
jeunes s’engagent aussi – mais il est vrai plus modestement – dans le domaine
syndical. Pourquoi pas dans le monde patronal ?
Pourquoi le monde de l’entreprise
n’imiterait-il pas cet engagement citoyen pour ses propres organisations
représentatives ? En s’inspirant de ce
que font les grandes entreprises passent beaucoup de temps à identifier et à
sélectionner leurs hauts potentiels afin de constituer un vivier de haut
managers en mesure d’assurer la relève.
Le propos n’est pas de faire du jeunisme ou d’opposer les jeunes aux
vieux mais tout simplement de préparer les jeunes chefs d’entreprise à la
responsabilité patronale.
Les syndicats de salariés initient très tôt les jeunes cadres de leur
mouvement à la vie et à la négociation syndicale, ce qui a pour effet d’en
faire par la suite des négociateurs compétents et aguerris.
Le jeune patron, chef d’entreprise doit lui aussi être initié et préparé.
D’autant plus qu’un jour il peut être amené à prendre des responsabilités
patronales au niveau collectif tout en continuant à y exercer sa responsabilité
de chef d’entreprise : un cumul des fonctions qui se révèle bien souvent
complexe. C’est pour ces raisons qu’il me parait crucial de leur donner
rapidement une expertise qui leur permettra de prendre par la suite la défense des intérêts de nos
entreprises.
Mesure emblématique :
- A la suite de
l’initiative de Laurence Parisot qui lancé la génération 30attitude, je
propose de faire entrer des représentants de cette tranche d’âge au
conseil exécutif du MEDEF.
6éme
chapitre : Lancer une « RGPP » : Révision générale de la
politique patronale
·
Débattre du
moyen de renforcer la représentation de la nouvelle économie dont l’importance dans
notre pays pourrait être mieux prise en compte au sein de notre mouvement.
·
Débattre pour
redessiner les processus et modes d’adhésion au mouvement des entreprises de
France, entre les Fédérations, les MEDEF territoriaux et traiter la question de
la rationalisation des structures et des coûts. Solutionner la question des
cotisations multiples pour certaines entreprises. Se donner un objectif d’accroissement du nombre
d’adhérents et réfléchir à l’ouverture aux nouvelles formes d’entités
entrepreneuriales non encore sollicitées (auto-entrepreneurs). Prévoir un
barème réduit pour les cotisations des auto-entrepreneurs afin de leur rendre
notre organisation plus accessible, (quitte à moduler la palette des services
auxquels les adhérents peuvent avoir accès).
·
A l’heure des technologies de l’Internet et des réseaux
sociaux, nous aurions intérêt à Trouver des moments dans la vie du mouvement pour faire vivre le principe
« une entreprise = une voix », qui serait le moyen de renforcer
à l’extérieur le poids de nos idées, et d’exprimer la voix de 700 000
entrepreneurs pouvant d’évidence peser lourd dans le débat d’idées en dehors de
nos murs. De plus, un tel système électoral pourrait limiter les tiraillements
entre des adhérents dont les intérêts sont sinon divergents, du moins
différents (banques et entreprises en quête de financement, producteurs et
grande distribution, donneurs d’ordres et prestataires). Ce mode de
consultation n’aurait pas vocation à être généralisée, il ne devrait pas être
mise en œuvre pour débattre en interne mais seulement pour peser dans le débat
national.
·
Faire adhérer au MEDEF les personnes qualifiées qui
interviennent dans les groupes de travail, commissions. Créer des cotisations
adaptées pour des personnes physiques.
·
Débattre de
la place du MEDEF dans le monde patronal : imaginer un rapprochement avec
les autres syndicats patronaux ou au contraire garder son indépendance ?
Telles sont quelques unes des propositions qui semblent utiles pour
servir de support de réflexion à la modernisation du MEDEF. Puissent ces
propositions au moins favoriser le déclenchement de ce débat si nécessaire à
l’avenir du MEDEF, et puissent-elles le nourrir.
Un Nouveau MEDEF unitaire, ouvert à tous les entrepreneurs, et ouvert à
des débats d’idées, sereins et constructifs.
Débattre n’est pas se battre, mais se donner les moyens d’avancer.
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