Il est d’usage de dire que les Français ont un problème avec l’économie. Eux-mêmes le confirment d’ailleurs, puisque, selon un sondage récent, 54 % d’entre eux jugent leur propre niveau de connaissance économique mauvais (65 % pour les 15-34 ans). On pourrait gloser à l’infini sur les causes historiques, culturelles, philosophiques, voire religieuses d’un tel phénomène. Méditer sur la différence entre sociétés protestante et catholique, qui ne seraient pas gouvernées par le même rapport à l’argent. Faire le lien avec les systèmes d’organisation sociale et politique. Cela serait passionnant mais ne nous éclairerait pas sur ce qu’il faut faire aujourd’hui pour réconcilier nos concitoyens avec l’économie.
Car l’enjeu est bien là : l’économie n’est pas toujours comprise parce qu’elle paraît incompréhensible ; de ce fait, elle alimente la suspicion. La conjugaison des effets de la mondialisation et des conséquences de la crise financière achève de faire de l’économie, à la fois le symptôme, la cause et la conséquence de tous nos maux. Quand ça va mal, les médias convoquent les experts, l’espace médiatique est saturé de chiffres, de sigles et de courbes, pas toujours accessibles au grand public.
Pourtant, chacun, dans sa vie quotidienne, plus ou moins consciemment, vit et participe à l’économie par son travail, sa consommation, ses comportements d’épargne, les crédits qu’il souscrit. L’étudiant qui choisit une filière, l’entrepreneur qui décide d’un investissement ou fait des calculs de rentabilité, le demandeur d’emploi qui cherche où postuler, tous, conditionnent leurs actes à une analyse plus ou moins élaborée du contexte économique. Tels Monsieur Jourdain, nous faisons tous de l’économie sans le savoir !
Au-delà de cette utilité pratique, l'économie imprègne le débat public et fait partie intégrante de la vie démocratique. Comment le citoyen peut-il exercer ses droits civiques, faire des choix par son vote en s’exonérant de toute analyse du fonctionnement de l’économie ? Comment peut-il se faire une opinion sur les enjeux clés de la mondialisation, du développement durable ou de l'intégration européenne ?
Depuis quelques années, le gouvernement français a pris des initiatives pour une meilleure diffusion de la culture économique en favorisant l’initiation à l’économie au lycée, en soutenant les Journées de l’économie, en créant des sites de décryptage et de vulgarisation de l’économie.
Tout cela est très utile et va dans le bon sens. Mais sans doute faut-il désormais passer à une autre étape. A un moment où beaucoup de Français sont inquiets face à des mutations ou des mécanismes qu’ils ne comprennent pas toujours -mondialisation, marchés financiers, ouverture des frontières, lois du marché et régulations, délocalisations, dette publique-, il y a une nécessité particulière à développer une pédagogie de l'économie dans notre pays.
Dans ce contexte, le besoin n’est pas théorique ou académique : plutôt que de parler de culture, ce qui peut paraître un peu condescendant, il s’agit de montrer ce qu’est l’économie aujourd’hui au quotidien, à travers des illustrations concrètes et emblématiques d'acteurs engagés dans la pédagogie de l'économie. La mise en valeur d'initiatives et d'actions parmi les plus remarquables dans ce domaine -par exemple en mettant en place un système de labellisation- agirait à la fois un signal de reconnaissance, un vecteur de visibilité et une incitation à toujours aller plus loin dans ce travail d'explication par l'exemple.
Pour le succès d’une telle initiative, il faudrait y associer le maximum de parties prenantes : entrepreneurs, salariés, collectivités territoriales, médias, monde de l’éducation, lycéens et étudiants, associations, consommateurs, etc. On ne le dit jamais assez : l’économie est l’affaire de tous.
Thibault Lanxade
Membre du Comité Exécutif du CODICE


